mercredi 4 mars 2015

Il pique-nique chez son médecin

Une jolie leçon de vie donnée par cette famille qui va à Paris pique-niquer chez son médecin.

Reportage en direct-live :

Maurice m’a donné rendez-vous à Paris le matin à 11h30, devant un immeuble bourgeois dont la façade est tapissée de plaques de professions libérales.
Légèrement en avance, un taxi le dépose avec sa famille et leurs bagages. Il y a là ses deux enfants et son épouse Ginette, une forte femme vêtue d’une robe très fleurie.

Nous nous engouffrons en silence dans l’immeuble. Nul besoin de parler, l’opération a été minutieusement préparée.

Coup de sonnette à l’entrée du cabinet du Docteur Pierre P., suivi du léger étonnement de l’assistante, devant notre délégation un peu nombreuse pour une simple consultation. Enfin, c’est la salle d’attente du médecin, où somnole déjà une dame d’un certain âge.

Aussitôt, la famille s’assied tout autour de la table basse vite débarrassée de ses vieux magazines, et la mère dispose sur le dessus les ingrédients du pique-nique qui va suivre. A la disposition de chacun on trouve du pâté et du jambon, des œufs durs, deux boites de sardines, un gros pain croustillant et du vin de pays. Il y a aussi quelques canettes de sodas pour les garçons.

Du reste, l’un d’eux se relève et va tranquillement uriner dans un coin de la pièce, devant le regard ahuri de l’autre patiente qui montre quelques signes d’inquiétude, en considérant la flaque qui inonde la moquette. Mais aussitôt, c’est au tour de la mère d’attaquer l’épluchage des œufs durs, pendant que Maurice découpe hardiment d’épaisses tranches de pain à l’aide de son couteau. Les coquilles et les miettes commencent à joncher le sol et toute la famille se jette avec un bel appétit sur la nourriture. Rapidement, la salle d’attente est entièrement maculée de déchets : papiers d’emballage et gras de jambon, huile renversée de la boite de sardines, canettes et gobelets …

La dame qui patientait s’est éclipsée discrètement et peu après, comme Maurice l'espérait, le médecin et son assistante font brutalement irruption dans la pièce « Mais … qu’est-ce que vous faites ? Vous êtes malades ou quoi ? »

Maurice semble goûter tout le charme de cette question. Avec lenteur, il se lève et explique « Vous avez raison Docteur, on est surement malades … Mais vous vous souvenez … Le mois dernier vous êtes venu avec votre famille passer deux jours dans notre village, avec votre Mercedes … Vous avez dormi à l’Hôtel de la Source … c’est comme çà qu’on a eu votre nom … »

Visiblement le médecin ne voit pas le rapport, alors Maurice continue « Et le dimanche, vous avez fait un pique-nique dans notre champ … Après, avec Ginette, on a passé deux heures à nettoyer toutes les saloperies que vous avez laissées … »
Le docteur semble abasourdi. Maurice conclut « Alors, on s’est dit que si un Docteur fait comme çà chez les autres, on doit pouvoir faire pareil chez lui …. »

Pendant ce temps, Ginette et les enfants se sont préparés à partir. Maurice salue le médecin complètement médusé  « Aller, on s’en va … on vous laisse ranger … Au revoir Docteur. »


Paris, en direct de la sale d’attente du Docteur P.